J'ai longtemps réfléchi à cet article, je ne savais pas par où commencer, je ne savais si j'y arriverais. Au départ, je voulais le faire en vidéo pour que ce soit moins long pour vous et en fait, c'était trop dur, alors je prends la plume, avec l'envie de tourner une page et l'idée que peut-être, ça aidera certaines et certains d'entre vous.

La prématurité

Il y a 4 mois, on accueillait notre crapule, comme on l'appelle affectueusement. 4 mois maintenant que notre vie a été chamboulé par l'arrivée de ce petit coeur. Je reprends le travail dans 15 jours et cela a fait remonter pas mal d'angoisses, ça m'a donc semblé être le bon moment pour évoquer tout ça ici, bien que je ne rentrerais pas dans les détails.

Chaque année, c'est près de 60.000 enfants qui naissent prématurément en France, soit plus de 8 % du total des naissances. Une naissance prématurée est une naissance qui survient globalement à moins de 8 mois. Est prématurée, toute naissance qui survient avant 37 semaines d'aménorrhée (SA), soit 35 semaines de grossesse.

Au sein de cette prématurité globale, il faut distinguer : la prématurité moyenne, de 33 à 36 SA + 6 jours (85 % des naissances prématurées), la grande prématurité, de 28 à 32 SA + 6 jours (10 % des naissances prématurées et c'est le cas de ma fille) et enfin la très grande prématurité, de 24 à 28 SA (5 % des naissances prématurées). Ava est née à 32 SA, soit le 1er jour du 8ième mois (le terme était prévu le 5 janvier et elle est née le 5 novembre). Elle pesait 1.75 kilos pour 38 cm.

Accouché d'un enfant prématuré : comment le vit-on ?

Je me sens coupable

Je repense à son arrivée, son parcours, les jours qui ont précédé mon accouchement prématuré et je me rends compte du chemin parcouru sur mon sentiment de culpabilité, qui est encore un peu présent. Pourquoi ? Parce que j'aurais aimé qu'elle n'entre pas dans la vie de cette manière-là, je m'en veux de lui avoir fait vivre un début de vie si difficile, j'ai l'impression de ne pas avoir été à la hauteur, de ne pas avoir su contrôler mon corps, de ne pas avoir été en capacité de la protéger et la garder au chaud...un mois de plus aurait suffit.

Sa naissance, a été un moment de stress, d'inquiétude intense et totalement surréaliste. Elle est née à 23h11 et ma première vraie rencontre avec elle, ça été à 3h du matin. Impossible de distinguer son visage, car elle avait un masque respiratoire, on ne pouvait la toucher qu'à travers des vitres, ses mains disparaissant sous les bandages et les perfusions. Cette première rencontre avec elle me hante encore... Elle paraissait si fragile, cela semblait si dur pour elle, j'aurais tout donné pour la sortir de là et être à sa place.

S'en est suivi un mois et demi d'hospitalisation, avec une semaine en couveuse, un mois avec une sonde gastrique, sans compter tous les soins quotidiens et examens. Notre vie, notre quotidien, régler comme du papier à musique avec une seule envie : ne pas la quitter, être présent, la soutenir.

Accouché d'un enfant prématuré : comment le vit-on ?
Accouché d'un enfant prématuré : comment le vit-on ?

Était-ce à prévoir ? Alors en fait, un jour, je suis allé à la maternité pour une visite de routine et on me dit qu'on me garde : col raccourcit, contractions régulières, mais je ne les sentais pas, manque de fer et là, on vous dit que vous êtes en MAP (menace d'accouchement prématuré). C'était parti pour 3 jours d'hospitalisation et injections de corticoïdes pour l'aider à se développer si elle venait à sortir durant mon hospitalisation ou les quelques jours qui suivent.

Cet épisode, c'était 15 jours avant que j'accouche, 15 jours où j'étais totalement alité, où j'ai respecté les consignes à la lettre. Deux jours avant, la sage-femme me disait que ça allait mieux, que je ne risquais pas d'accoucher de sitôt, alors on commençait à se détendre un peu, mais ça n'a rien changé.

Je peux vous assurer qu'en arrivant à l'hôpital, le chéri et moi, on était à cent lieues d'imaginer que j'accoucherais ce jour-là (on était peut-être dans le déni aussi hein lol). Elle voulait nous voir, elle était pressée de faire son entrée, d'être avec nous. Mais il m'arrive quand même parfois, de refaire le monde en repensant à tout ça :

  • Et si j'avais arrêté le travail plus tôt ?
  • Et si je ne m'étais pas baissé pour passer la serpillière ?
  • Et si j'avais écouté les douleurs de mon corps ?

Oui, on en viens à se poser tout un tas de questions, plus ou moins rationnelles, on cherche à trouver la source, mais tout cela reste un mystère, il ne reste que l'inquiétude et la souffrance. Est-ce que tout cela serait arrivé quand même ? Probablement que oui.

Plusieurs facteurs peuvent influencer le risque d'accoucher avant terme, mais il peut aussi arriver d'accoucher prématurément sans causes établies. Après l'accouchement, j'ai interrogé les professionnels qui m'ont suivi, accouché et se sont occupé de ma fille à la naissance : après examens, ils m'ont assuré que ma responsabilité n'était pas engagée, qu'elle voulait juste sortir.

J'ai eu du mal à l'entendre car je suis très terre-à-terre. Pour moi, il y avait forcément une explication logique, quelque chose que j'avais dû faire même de façon inconsciente. J'avais besoin de comprendre, mais ce ne sera jamais le cas, c'est arrivé et c'est tout.

Accouché d'un enfant prématuré : comment le vit-on ?
Accouché d'un enfant prématuré : comment le vit-on ?

Me pardonner

Aujourd’hui, elle va bien et ne gardera aucune séquelle importante de sa prématurité. Alors oui, elle est plus suivie médicalement que la moyenne, elle est plus fragile, mais elle évolue super bien, elle a rattrapé sa courbe de poids et taille. Elle rit aux éclats, tient sa tête, commence à tenir quelques secondes assise. Elle saisit les objets, remet sa sucette dans sa bouche, fait des câlins. Elle est éveillée et ne cesse d'observer ce qui l'entoure.

Elle va bien, alors je me dit que je doit avancer pour elle, pour moi, pour nous. Je dois réussir à me pardonner et j'y travaille tous les jours. La prématurité ne fait pas de moi, une mauvaise maman, cette épreuve nous a appris beaucoup en tant que parents, en tant que couple. Mais surtout cette petite fille est incroyable, elle nous a tant donné : de la force, du courage, de l'optimisme, elle nous a tenu à bout de bras.

On ne l'a pas quitté, tous les jours, on était là, à l'hôpital, à ses côtés pour l'aider à apprendre à manger, l'apaiser, lui sourire, la soutenir. Aujourd’hui, on l'accompagne dans son développement, son éveil, sa motricité, son alimentation pour qu'elle comble le petit retard qui lui reste. On est heureux, tellement heureux de l'avoir dans notre vie, on se dit que finalement, c'est son histoire et on la partagera avec elle quand elle sera en capacité de comprendre.

Finalement, je pense que ça la rendra plus forte et nous aussi. On avance dans le futur avec sérénité, mais surtout beaucoup de fierté. On est tellement fiers de la petite fille qu'elle devient, elle nous donne tellement d'amour. On n'oubliera jamais cette étape dans notre vie, mais quand on la regarde, on se dit que s'il n'y avait pas d'autre choix que d'en passer par-là, pour vivre quelque chose d'aussi merveilleux, alors on l'accepte. On l'a enfin avec nous, à la maison et on hâte d'avancer dans la vie avec elle.

Un grand merci à l'équipe du service de néonatologie de l'hôpital Robert Debré qui a été fantastique, nous a écouté, consolé, rassuré, a accueilli notre peur dans les mauvais moments, mais qui surtout, nous a aidés a créer du lieu avec notre fille et a embrassé pleinement notre rôle de parent. Merci également à toutes les personnes qui nous ont soutenu et épaulé dans cette période difficile et pour finir, merci à la permanence psychologique de l'association SOS Préma, qui a su m'écouter quand j'en avais besoin.

N'hésitez pas à me poser des questions en commentaires si vous souhaitez avoir des réponses ou explications plus précises.

Ava, tu es une guerrière et notre plus beau trésor.

Accouché d'un enfant prématuré : comment le vit-on ?
Accouché d'un enfant prématuré : comment le vit-on ?
Author

Nathalie Njikam est la créatrice du blog Crazy Soprane depuis 2014. Elle y publie régulièrement ses looks, ses conseils de style et morphologie, ses découvertes beauté, ses récits de voyage et bonnes adresses à Paris. Mais ici, on parle aussi body positive, bien-être, santé et estime de soi, mon crédo: "la différence est un cadeau" .

10 Comments

  1. Maman d’un grand préma né à 31 semaines, je ne peux que comprendre ton ressenti sur cette expérience. Dans mon cas, le papa n’était même pas présent car en déplacement professionnel à ce moment-là, et que d’après la sage-femme qui me suivait à domicile, dans le cadre de mon hospitalisation à domicile suite à une MAP depuis un mois, « tout allait bien et ça n’arrivera pas de ci-tôt » !! Résultat, bébé né à 4h du matin le lendemain de mon anniversaire, heureusement que ma mère était avec moi !
    Cela fait maintenant presque 2 ans que bébé est né et, même si les débuts de vie d’un grand préma sont un peu le parcours du combattant (pendant les 2 premières années, le suivi est vraiment plus intense que celui des bébés nés à terme), tout va bien pour nous, malgré quelques légers soucis respi liés à sa préma. Je vous souhaite plein de courage car ce n’est pas tous les jours rigolos mais avec tout l’amour que vous lui portez, elle ne peut être qu’heureuse et c’est bien l’essentiel je pense !

    • Merci beaucoup pour ce partage d’expérience qui fait du bien au coeur. Et j’espère que votre loulou se porte bien 🙂

  2. Je ne suis pas encore maman (mais espère le devenir très bientôt) mais ton article m’a énormément touché, j’ai presque pu ressentir le stresse avec toi tellement ton texte est rempli d’émotions. J’espère ne pas avoir à traverser cela, en tout cas tu es une maman bien courageuse, ta petite a beaucoup de chance de t’avoir, elle est entre de bonnes mains 🙂
    Bonne continuation à toutes les deux ~ Bises

    • Je te souhaite de devenir mère et parent en tout cas ! Malgré les épreuves, ça reste le plus beau des cadeaux <3

  3. Tres bel article ma jolie. Je sais comme cet epreuve a été sur pour toi. Ce sentiment de solitude et d’incomprehension. Mais il est important que tu ai écris ceci, peit être cela aideras des mamans dans ton cas. Peut être aurais je la force comme toi de parler de ce bébé perdue. Je t’embrasse fort ainsi que petite Ava.

    • Merci pour ton commentaire, qui m’émeut beaucoup…Merci d’avoir évoqué un point personnel qui doit être douloureux à un point que je n’imagine pas. Je t’embrasse fort et la crapule aussi 🙂

  4. Tellement de bonheur cette petite puce 💓
    Vous avez des battantes toutes les deux des vraies guerrières je suis fière de vous !

    Je vous aimes mes petits chatons 💖

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