Article un peu particulier aujourd’hui pour parler de bien-être, de santé, en mettant la loupe sur le cas de la dépression nerveuse. La maladie de la honte, celle que personne ne reconnaît, celle à laquelle on ne tend jamais une main et que tout le monde nie. Alors oui, la dépression nerveuse, ce n’est pas le cancer, ce n’est pas le sida, ça ne se voit pas toujours, ça ne se traduit pas forcement de manière évidente, mais ça existe, c’est difficile et ça tue.

La dépression nerveuse, un tabou?

Les blogs sont faits pour nous divertir, nous permettre de nous évader, mais doivent servir aussi à aider les autres, du moins c’est comme ça que je conçois le mien et mon rapport aux autres en général.

J’ai reçu quelques mails de lectrices qui se demandent comment faire pour s’accepter, certaines me livrent des bouts de vie et partagent avec moi des interrogations et j’ai voulu leur rendre la pareille en me livrant moi aussi un petit peu.

La dépression majeure est une maladie mentale reconnue par le corps médical. Il ne s’agit pas de déprime, de coup de blues ou de simples états d’âme, c’est bien plus que ça.

Mon histoire

J’ai été diagnostiquée dépressive à l’âge de 21 ans et je suis sortie de cette dénomination à l’approche de mes 24 ans, aujourd’hui, j’en ai 26. C’est une maladie où on donne constamment le change pour ne rien montrer, car d’une part, on a du mal à se l’avouer à nous-même même mais surtout parce que dans l’imaginaire collectif, c’est une maladie qui n’a pas de valeur, n’existe pas, alors mettre des mots là-dessus n’est pas toujours évident.

Être dépressif, ça traduit une fragilité et une perte de contrôle sur soi-même qui va à l’encontre des valeurs de perfection que la société nous envoie à la tronche du matin jusqu’au soir. Une maladie pas toujours bien diagnostiquée et surtout constamment sous-estimée.

Le tournant ça été lorsque j’ai arrêté mon cursus en sport-études, j’ai vécu cela comme un échec immense. C’était ma passion, le rêve de ma vie, j’avais travaillé très dur pour y arriver et j’ai eu du mal à accepter ce changement dans ma vie, j’avais clairement le sentiment d’avoir perdu une partie de moi-même. S’en est suivi la fin de ma relation amoureuse, une relation qui a duré 5 ans, dans laquelle j’ai grandi et me suis construite en tant que personne, femme et à laquelle je n’avais jamais imaginé de point final.

Ça été le point de départ d’une descente aux enfers que je n’aurais jamais imaginé et d’une remise en question de pas mal de mes principes de vie. Bien sûr, ce n’était pas les seules causes, c’était un peu l’arbre qui cache la forêt et ça a révélé chez moi une colère, une douleur que je n’avais jamais pu exprimer et que j’avais jusque-là minimisé car tout le reste allait parfaitement bien dans ma vie.

On essaie de se convaincre que ce n’est rien, qu’on fait une montagne de rien, on se sent coupable d’avoir aussi mal. Sans compter que culturellement, du fait de mes origines et mes croyances religieuses, la psychologie était une notion totalement absurde pour moi, bien que j’ai fait mes études dans le milieu social et médical. C’était bien pour les autres, mais je ne me sentais pas du tout concernée.

C’est un sentiment particulier de se sentir triste et anéantie, 24h sur 24h. Chaque seconde qui passe, chaque minute est une épreuve, un combat. Une tristesse quotidienne, qui s’intensifie toujours plus, qui s’installe et ne vous quitte plus. Vous vous sentez seul et désespéré, plus rien ne vaut la peine d’être vécu, plus rien n’a d’intérêt. On est constamment vulnérable, à fleur de peau, irrité, isolé, fatigué.

La notion d’estime de soi devient totalement inexistante, on culpabilise parce qu’on a une vie, des engagements, des études, une famille, des amis, mais à ce moment-là, ils ne comptent plus. Je suis alors entré dans une phase de dévalorisation et cela s’est traduit par une prise et une perte de poids. Un yo-yo incessant qui a rythmé mon quotidien durant des années. Je passais d’épisodes de boulimie à des périodes où je perdais totalement l’appétit et jeûnais volontairement en espérant que le manque de nourriture me tuerait.

Sans compter l’insomnie et l’effet « flagada » comme j’aime le dire. Sortir, répondre au téléphone, manger, se doucher, parler, tout était compliqué et me semblait au-delà de mes forces ; le simple fait de me lever le matin et de constater que j’étais toujours là me faisait pleurer, tout ou rien d’ailleurs me faisait pleurer, parfois sans raison. Il y a eu des périodes où je ne dormais plus de la nuit durant presque une semaine, 4 jours où mes paupières ne se fermaient pas pendant une seconde, je vous laisse imaginer le carnage.

Il est normal de se sentir parfois triste, pas d’humeur, déprimé, mais c’est très différent de la mélancolie. Une tristesse tellement profonde qu’elle s’incruste jusqu’à devenir une barrière dans votre évolution, jusqu’à vous donner envie de disparaître, de mourir.

Il y a des forces contre lesquelles on ne peut pas toujours lutté, du moins, nous ne sommes pas tous égaux devant certaines difficultés, pertes, souffrances. Il y a une idée reçue selon laquelle, tout est une question de caractère, détrompez-vous. La personne la plus volontaire et forte peut tomber dans la dépression. On ne se rend pas compte, personne ne peut comprendre le degré de souffrance, de torture dans lequel on s’engouffre, jusqu’où on peut aller.

Comment on s’en sort ?

Il n’y a pas de recette miracle et ça dépend de son histoire, son parcours, ses attaches, mais bien que la dépression ne soit pas chronique, on vit un peu avec ça quand même. Je suis sans doute plus sensible que les autres, une sensibilité qui me met à rude épreuve et me demande des efforts quotidiens pour tout recentrer, tout analyser, tout réfléchir pour ne pas me laisser envahir par mes émotions et mes sentiments.

Il y a les médicaments pour gérer ses angoisses et ses humeurs, mais ce type de médicaments étouffent les émotions. Bien qu’ils soient indispensables sur des périodes clés, ils ne sont pas la seule issue.

Faire une thérapie est sans doute la meilleure décision que j’ai prise. Ça aide à donner du sens aux maux, à la douleur, à notre comportement. La thérapie est un chemin long, souvent douloureux, mais avec à la clé la perspective du Soi, la chance de se découvrir et d’apprendre à se connaître. Se contenter d’antidépresseurs se résume à supprimer le symptôme, mais pas la cause, j’ai donc aussi fait de la sophrologie, appris à écouter mon corps, mes émotions et surtout j’ai repris tout ce que j’avais abandonné et qui me faisait du bien comme la mode et la musique.

Mon conseil

Autorisez-vous à vous sentir mal, à écouter cette douleur en vous et aller consulter un médecin. Ce ne sera peut-être pas une dépression, mais au moins vous vous donnerez une chance de comprendre et de faire le nécessaire.

Si vous avez traversé cette épreuve ou si vous êtes en plein dedans, essayé d’en parler à des personnes de confiance ou un professionnel de santé, si c’est trop dur pour vous d’en parler à votre famille ou votre compagnon par exemple.

N’attendez pas des autres qu’ils vous aiment et prennent soin de vous, faites-le vous-même, c’est par là que ça commence car personne d’autres que vous ne vous en sortira.

J’ai travaillé dur sur moi, les autres. J’ai compris, je sais, je suis désormais armée et cette période est derrière moi mais quelque part ça m’a rendu service et m’a permis de faire de moi, une priorité. Ce n’est pas facile, mais ce n’est pas censé diriger votre vie et surtout, ça ne définit pas qui vous êtes et qui vous deviendrez. Ne laissez pas cet état perduré et faites-vous confiance, vous comptez. J’espère que ce post aidera quelques personnes.

Author

Nathalie Njikam est la créatrice du blog Crazy Soprane depuis 2014. Elle y publie régulièrement ses looks, ses conseils de style et morphologie, ses découvertes beauté, ses récits de voyage et bonnes adresses à Paris. Mais ici, on parle aussi body positive, bien-être, santé et estime de soi, mon crédo: "la différence est un cadeau" .

4 Comments

  1. Je l’ai traversé et je lutte chaque jour que Dieu fait contre « elle », je lutte jusqu’à aujourd’hui où j’ai baissé les bras et rendu les armes. Puis j’ai repensé à cet article que j’avais lu ici, je me suis dit que la solution serait peut-être cachée dans le texte. Sauf qu’après avoir relu 3 fois ton article, je me rends compte que la solution c’est nous-même, et rien ni personne d’autre…

    • Nathalie Reply

      En effet, comme je le disais, il n’y a pas de recette miracle, juste de la patience et de la lutte car on en sort jamais vraiment, un rien peut nous faire rechuter c’est pour cela qu’il faut essayer de s’entourer, mais des bonnes personnes. Bon courage à toi.

  2. Un article très intéressant et sincère..Merci d’avoir partagé ce pan de ton « intimité » avec nous .

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